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4/6 Énergies marines : le port de Cherbourg mise sur la Manche

Série « Le Cotentin en accélération » — volet 4/6, les énergies marines renouvelables

Pendant que l’arsenal construit des sous-marins et qu’Orano prépare son chantier du siècle, un troisième front industriel s’ouvre à Cherbourg — celui, plus récent, des énergies marines renouvelables (EMR). Le pari : faire du port de Cherbourg la base arrière française de l’éolien en mer et de l’hydrolien.

100 millions d’euros gagnés sur la mer

Depuis dix ans, Ports de Normandie a investi plus de 100 millions d’euros pour transformer le port de Cherbourg : 39 hectares gagnés sur la mer, portant à 100 hectares le terre-plein dédié aux EMR, bordé d’un quai lourd acceptant jusqu’à 50 tonnes au mètre carré. « Nous avons investi pour étendre les espaces et gagner sur la mer 39 hectares qui sont aujourd’hui totalement remplis », résume David Margueritte, président de l’agglomération du Cotentin. Un signe : ces investissements ont déjà permis la création de 800 emplois et l’implantation d’une usine d’éolien en mer — et le port doit désormais s’agrandir pour répondre à la demande.

Car la position géographique de Cherbourg est idéale : cinq champs éoliens sont en cours de réalisation ou à réaliser le long des côtes normandes, et le port travaille déjà pour les parcs posés de Saint-Brieuc, Courseulles-sur-Mer et Fécamp, où il assure stockage, pré-assemblage et logistique des composants.

LM Wind Power : les plus grandes pales du monde

La vitrine de cette filière s’appelle LM Wind Power. Filiale du groupe américain General Electric, l’usine — ouverte en avril 2018 dans le prolongement du port — emploie environ 600 salariés et fabrique les pales de l’éolienne offshore Haliade-X : avec leurs 107 mètres, ce sont les plus longues jamais produites au monde. L’usine n’a cessé de grandir depuis, ajoutant des lignes de production et des centaines de recrutements — avec une méthode particulière : privilégier le savoir-être avant le diplôme, former sur le poste, et accompagner à l’installation les candidats venus d’autres régions. Une entreprise-emblème du rayonnement industriel du port.

L’hydrolien du Raz Blanchard : un courant fort à saisir

Entre la Hague et Alderney, le Raz Blanchard connaît l’un des courants les plus puissants d’Europe — une ressource considérable pour l’hydrolien, cette énergie des marées encore émergente. La filiale HydroQuest du groupe CMN Naval, basée à Cherbourg, y porte de grosses perspectives technologiques. La première usine au monde d’assemblage d’hydroliennes avait d’ailleurs vu le jour à Cherbourg en 2018 avec OpenHydro — un échec industriel retentissant, mais un savoir-faire territorial qui survit à ses pionniers. Les industriels du naval cotentin misent désormais sur la seconde génération de la filière.

Flamands 0 : préparer l’éolien flottant

Le prochain acte s’écrit déjà. « La majeure partie du marché éolien de demain sera flottant », prévient Ports de Normandie : des flotteurs de 100 mètres sur 100, à mettre à l’eau puis à équiper d’éoliennes. Pour les accueillir, le port lance la construction d’un nouveau quai lourd, « Flamands 0 », en extension du quai des Flamands — un projet qui a fait l’objet d’une concertation publique à l’été 2025 et qui a décroché 10,5 millions d’euros de financement de l’Ademe dans l’appel à projets national sur l’éolien flottant, annoncé fin juillet 2026. « En investissant dans le quai Flamands 0, nous faisons résolument le choix de l’avenir », s’est félicité Hervé Morin, président de la Région Normandie.

Après le désengagement de Bouygues sur un parc normand en mai 2026, « des demandes arrivent de partout », selon le directeur général de Ports de Normandie — signe que l’infrastructure cherbourgeoise est attendue par les industriels de la filière.

Une filière qui diversifie l’économie du port

Le pari des EMR ne remplace pas les activités historiques du port — ferry vers l’Angleterre et l’Irlande, pêche, fret, croisières (voir volet 5) — il les complète. Il offre surtout au Cotentin une diversification précieuse : là où le naval et le nucléaire dépendent des commandes publiques, l’éolien et l’hydrolien ouvrent des marchés industriels privés, européens et export. Un troisième pilier, plus jeune, pour un territoire qui en aura bien besoin au moment d’absorber ses méga-chantiers.

Prochain volet : le tourisme, la surprise économique du Cotentin.


Sources principales

SourceDernière mise à jour
Ports de Normandie — Énergies Marines Renouvelables2026
Ports de Normandie — Adaptation permanente du port de Cherbourg aux EMR2026
Journal de l’Éolien — Un nouveau quai dédié à l’éolien sur le port de Cherbourg2025
ICI — 10,5 millions d’euros pour développer le port de Cherbourg07/2026
BFMTV — LM Wind Power va recruter 200 personnes à Cherbourg10/2021
LM Wind Power — Rejoignez-nous à Cherbourg–
Normandie Maritime — La vitalité industrielle du Cotentin02/2025

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