5/6 Tourisme : la Cité de la Mer et les paquebots redessinent l’économie cherbourgeoise
Série « Le Cotentin en accélération » — volet 5/6, le tourisme
Face aux usines et aux méga-chantiers, on l’oublie souvent : le tourisme est devenu l’un des moteurs les plus dynamiques de l’économie cotentine. Et à Cherbourg même, deux activités en pleine progression l’illustrent — la Cité de la Mer et les croisières internationales.
La Cité de la Mer, phare touristique de la presqu’île
Installée dans l’ancienne gare maritime transatlantique — un joyau Art déco unique en Europe d’où partaient les paquebots vers l’Amérique au début du
XX ème siècle —, la Cité de la Mer est l’incontournable du tourisme dans le Cotentin. Son atout le plus spectaculaire : Le Redoutable, premier sous-marin nucléaire lanceur d’engins français, construit à Cherbourg et devenu le plus grand sous-marin visitable au monde. S’y ajoutent les aquariums abyssaux et un parcours consacré au Titanic, dont Cherbourg fut la dernière escale européenne.
Les chiffres valent tous les discours : après une année 2023 déjà record, le site a accueilli 306 000 visiteurs en 2024, franchissant pour la première fois les 300 000 entrées annuelles et fêtant son 5 millionième visiteur depuis l’ouverture en 2002. L’été 2025 a confirmé la vitalité : 107 000 entrées en juillet-août — le troisième meilleur été de son histoire —, avec des journées à plus de 4 000 visiteurs et un pic à 4 700. Trois quarts des visiteurs sont français, et les Manchois eux-mêmes en constituent le premier contingent : le site est devenu une fierté locale autant qu’une attraction nationale.
La programmation y est inventive — la flamme olympique est passée dans la nef en mai 2024, l’exposition « Astérix et la mer » a pris ses quartiers d’octobre 2025 à mai 2026 — et le gestionnaire Edeis, pour le compte de l’agglomération, mise sur la diversification pour lisser la saisonnalité d’un site qui réalise un tiers de sa fréquentation en juillet-août.
Les croisières : jamais autant de paquebots quai de France
La seconde surprise, c’est le retour des paquebots. Depuis le Covid, Cherbourg s’est imposé comme une destination prisée des compagnies de croisière internationales : « Cherbourg-en-Cotentin est devenue une destination pour les compagnies, parce que les retours de leurs clients sont plutôt bons », résume l’office de tourisme. En 2024, le port a battu son record : 63 escales et près de 180 000 croisiéristes débarqués quai de France. En 2025, 58 paquebots et 156 000 passagers — un léger repli imputable aux annulations météo de fin de saison, pas à une désaffection.
La preuve par le planning 2026 : 71 à 73 escales programmées, 17 compagnies différentes, dont onze paquebots en escale inaugurale, et l’évocation à terme de la barre des 90 escales annuelles. Le temps fort attendu : l’escale du Queen Mary 2 le 9 juin 2026, avec un embarquement partiel à Cherbourg — retour hautement symbolique de l’âge d’or transatlantique dans la rade.
Une manne économique bien réelle
Le poids économique dépasse la carte postale : 70 % des croisiéristes restent en escale à terre, où l’office de tourisme du Cotentin — doté d’un guichet au sein même du terminal — déploie navettes, excursions et accueil vers la Cité de la Mer, les plages du Débarquement, le Val de Saire ou Mont-Saint-Michel. Hôtellerie, restauration, commerces, guides, transporteurs : c’est toute l’économie résidentielle qui en profite, avec un effet d’entraînement qui rayonne bien au-delà de Cherbourg.
Pour fidéliser les compagnies — dont le retour dépend des questionnaires de satisfaction remplis par leurs clients à chaque escale —, le port investit : un nouveau terminal croisière inauguré en septembre 2024, et surtout l’électrification des quais, dont les travaux débutent en 2026 pour une mise en service en 2028 : les paquebots pourront couper leurs moteurs à quai, réduisant émissions et bruit — un argument décisif dans la concurrence entre ports de la Manche.
Un atout que les autres pôles économiques du Cotentin n’offrent pas : le tourisme diffuse directement la richesse dans les commerces et services, et offre au territoire une visibilité internationale que l’industrie seule ne lui donnerait pas.
Prochain et dernier volet : synthèse et prospective — quel Cotentin en 2040 ?