On croit parfois qu’un billet de train est un simple contrat : vous montez à un endroit, vous descendez à un autre. C’est oublier que le voyage ferroviaire moderne conserve une part d’aventure que n’aurait pas reniée Jules Verne.
Samedi 6 juin, nous devions tranquillement rentrer de Berlin. Réveil matinal, valises prêtes, arrivée à la gare de Berlin Südkreuz avec la satisfaction du devoir accompli : quelques jours agréables dans la capitale allemande et un retour sans histoire vers la Normandie
C’est précisément à ce moment-là que l’histoire a commencé.
Notre train pour Paris devait partir à 7 h 13. Seul détail : il n’était nulle part. Pas en retard. Pas annoncé. Pas caché derrière un autre train. Non. Il semblait avoir quitté l’univers des choses existantes.
Autour de nous, plusieurs dizaines de voyageurs regardaient les panneaux d’affichage avec cet air caractéristique qui mélange l’inquiétude, l’incompréhension et l’espoir irrationnel qu’un train apparaisse soudainement par génération spontanée.

Au guichet, la réponse fut aussi brève que surprenante :
— Ce train ? Il n’existe pas.
Voilà qui avait le mérite de la clarté.
Nous étions pourtant plusieurs centaines à posséder un billet pour ce train imaginaire.
Après quelques minutes de flottement, une petite communauté internationale de voyageurs abandonnés s’est spontanément constituée. Français, Allemands, quelques autres nationalités encore : tous unis par une même quête, rentrer chez soi.
Nous avons donc improvisé un plan B : Direction Francfort.
Le train est parti à l’heure. Un événement suffisamment rare ce jour-là pour être signalé.
Arrivés à Francfort, nous avons découvert l’un des grands plaisirs du voyage ferroviaire : l’attente sur un quai avec une valise. Cette activité méconnue permet notamment d’observer ses semblables, de vérifier vingt fois l’heure de départ et d’acheter un café dont le prix justifie probablement une étude économique approfondie.
Finalement, un TGV pour Paris nous a recueillis. À bord, un contrôleur de la Deutsche Bahn puis plusieurs agents SNCF nous ont apporté une aide précieuse. Dans cette journée un peu surréaliste, ils ont été les rares éléments parfaitement fiables du système. Disponibles, patients, aimables, ils ont fait ce qu’ils pouvaient avec les informations dont ils disposaient. Il est important de le souligner : lorsque l’organisation vacille, ce sont souvent les femmes et les hommes de terrain qui sauvent la situation.
L’arrivée à Paris nous réservait toutefois un dernier rebondissement.
Notre correspondance pour Cherbourg venait de partir …… de quelques minutes.
Le genre de quelques minutes qui semblent insignifiantes lorsqu’on les lit sur une montre mais qui prennent soudain une importance considérable lorsqu’elles vous condamnent à attendre le train suivant.
Nous avons donc poursuivi notre périple par une visite imprévue de la gare Saint-Lazare avant de reprendre la route de la Normandie.
Résultat final : plus de trois heures de retard cumulées, plusieurs trains empruntés au lieu d’un seul, une traversée ferroviaire partielle de l’Allemagne et la confirmation qu’en Europe, les chemins de fer contribuent encore activement à l’ouverture culturelle des peuples.
Nous étions partis de Berlin pour rentrer à Cherbourg.
Nous avons finalement effectué un circuit touristique Berlin–Francfort–Paris–Cherbourg sans supplément tarifaire.
À défaut d’être rapide, le voyage fut riche en enseignements.
Et puis, entre nous, les retours de vacances parfaitement conformes aux horaires prévus font rarement de bons sujets d’article.
PS : A souligner la qualité d’écoute et l’assistance qui nous ont été apportés par les personnels de bord et de gare de la Deutsche Bahn et de la SNCF rencontrés au cours de ce voyage particulièrement perturbé. Malgré une situation complexe et parfois confuse, les contrôleurs et agents avec lesquels nous avons été en contact ont fait preuve d’écoute, de disponibilité, de professionnalisme et d’amabilité. Leurs conseils et leur aide nous ont permis de trouver des solutions de transport et de poursuivre notre voyage dans les meilleures conditions possibles. Nous tenions à les en remercier sincèrement et à distinguer leur engagement de l’organisation défaillante que nous avons malheureusement subie par ailleurs.