Le Salon Photo & Vidéo 2026, ou l’histoire d’un rapprochement annoncé
Il y a des changements de nom qui ne surprennent personne. En 2026, le Salon de la Photo devient le Salon Photo & Vidéo, et il faut bien avouer que l’annonce a quelque chose d’une évidence tardivement officialisée. Le petit « & » ajouté à l’affiche dit à voix haute ce que nous vivons tous, depuis des années, sur le terrain : photo et vidéo ne sont plus deux mondes parallèles, mais deux langages d’une même pratique de l’image.
Un rendez-vous qui change d’ère (et d’adresse)
Premier détail qui ne manque pas de sel : cette édition, qui s’est tenue du 8 au 11 octobre à la Grande Halle de la Villette, célèbre en grande pompe le bicentenaire de la photographie. Deux cents ans après les premières expérimentations de Niépce, son grand rendez-vous parisien abandonne le mot « photo » solitaire. Le calendrier aurait difficilement pu être plus symbolique — et plus ironique.
L’organisateur aurait pu s’en tenir à un simple rebranding de façade. C’est plutôt une refonte d’ensemble qui nous a été proposée : environ 130 exposants représentant 200 marques, des fabricants d’appareils aux spécialistes de l’impression, en passant par les logiciels, les accessoires, la formation et la production audiovisuelle. L’organisateur assume une approche élargie de la création visuelle, tournée autant vers les photographes que vers les vidéastes et les créateurs de contenu. Le vocabulaire a changé, le public aussi : les « créateurs de contenus » sont désormais citoyens à part entière du salon, aux côtés des tireurs argentiques et des portraitistes de mariage.

Le rapprochement, avant même le salon
Ce qui frappe, c’est que ce changement de nom ne fait qu’acter une convergence que le matériel a manifestée bien avant l’affiche. Regardez les catalogues des constructeurs : chaque boîtier sorti ces dernières années filme en 6K, chaque objectif se vend autant pour son bokeh photo que pour sa respiration vidéo. Les hybrides ont effacé la frontière ; le salon vient simplement de mettre à jour sa signalétique.
Mon propre sac en atteste, d’ailleurs. Un zoom polyvalent type 18-120 mm y côtoie des focales fixes pensées « photo » — et c’est le même boîtier, la même logique de travail, le même post-traitement, qui servent l’un et l’autre usage. Ce rapprochement, nous l’avons tous adopté sans même y penser. Le Salon Photo & Vidéo ne crée pas la fusion : il la photographie.
200 ans derrière l’objectif
Sous le panneau bicentenaire, le salon a eu la bonne idée de ne pas sacrifier la mémoire à la modernité. L’exposition « 200 ans derrière l’objectif. Appareils photo : 1826-2026 », réalisée en partenariat avec le musée Nicéphore Niépce, retrace sur près de 1 000 m² l’histoire des appareils et des procédés, des origines aux équipements contemporains. Une plongée salutaire, à une époque où l’on se demande parfois ce que « prendre une photo » voudra encore dire en 2036.
Le clin d’œil le plus élégant : la Malle des bicentenaires, une capsule temporelle destinée à conserver des milliers de photographies prises en 2026, et qui sera rouverte en 2039. Il y a quelque chose de touchant à lancer une capsule analogique de mémoire à l’heure de l’IA générative — comme si le médium, fêtant ses 200 ans, tenait à laisser un mot aux générations suivantes, écrit avec de l’argentique s’il vous plaît.
Le vrai sujet de 2026 : l’IA en coulisses
Parlons-en, de l’IA générative, parce qu’elle flottait sur l’ensemble du salon comme une question que personne n’osait tout à fait formuler. La programmation professionnelle — cycles de conférences organisés avec l’UPP, l’AFNUM et la FFPMI — ne l’a pas esquivée : impact de l’IA sur les métiers, business models en 2026, diversification d’activité, calcul des droits d’auteur. Autant de sessions qui témoignent d’une profession en pleine recomposition identitaire.
Ce n’est probablement pas un hasard si le rapprochement photo-vidéo intervient maintenant. Face aux images générées, aux flux et à la dévaluation du visuel brut, la réponse des créateurs est collective : faire bloc, mutualiser les savoir-faire, défendre une filière de l’image plutôt que deux chapelles séparées. Le « & » du salon est aussi un « & » de résistance.
Ce qu’il faut en retenir
Pour un visiteur professionnel, l’édition 2026 se résume en trois enseignements :
- La convergence est officielle. Photo, vidéo, contenu : c’est désormais un même marché, un même salon, un même vocabulaire. Rester cloisonné dans une seule discipline devient un choix, plus une évidence.
- Le matériel suit, et il est temps de repenser son parc comme un ensemble cohérent — un boîtier, des optiques, un flux — plutôt que comme deux équipements distincts pour deux pratiques distinctes.
- La filière se professionnalise sur les sujets chauds : IA, droits d’auteur, modèles économiques. Les cycles de conférences pointus valaient, cette année, autant le détour que les stands des constructeurs.
En guise de conclusion
Deux cents ans après Niépce, la photographie n’a peut-être jamais été aussi menacée — et jamais aussi vivante. Le Salon Photo & Vidéo 2026 acte une maturité : celle d’une pratique qui a compris que son avenir ne se jouerait pas dans la pureté d’un médium, mais dans la richesse des croisements. Le rapprochement était annoncé depuis longtemps ; il ne restait plus qu’à le mettre sur l’affiche.
La suite ? Rendez-vous en 2039, à l’ouverture de la Malle — pour vérifier si les photographies de 2026 ont aussi bien vieilli que le métier.
Sources : programme et présentation officielle du Salon Photo & Vidéo ; couverture de l’édition par Paris.fr, Unidivers et 3DVF.
Illustration : Point de vue du Gras — Nicéphore Niépce, 1827
La plus ancienne photographie conservée au monde : une vue prise depuis la fenêtre de sa maison de Saint-Loup-de-Varennes, sur plaque d’étain au bitume de Judée. l’original appartient au Harry Ransom Center (Texas) et reviendra en France en 2027 au musée Niépce.